• OBVURT The Beginning

    OBVURT The Beginning

     

    J'ai découvert OBVURT à travers le visage de son fondateur, Philippe Drouin, qui répondait aux questions de Loud TV le 25 février dernier.

    Le personnage est passionné et attachant et je ne vous cache pas avoir été touchée par son émotion quand il a évoqué l'accident qui aurait pu définitivement remettre en question sa carrière de musicien quand il a perdu la mobilité initiale de sa main droite. Mais l'homme a de la volonté et à force de persévérance et de courage, il est devenu un guitariste gaucher. En tant que gauchère contrariée, je ne peux que m'incliner car outre le travail physique, il y en arrière-plan le processus cérébral durant lequel le cerveau doit entièrement se reprogrammer. Avec l'aide de Michael Angelo Batio (qui apparait en guest) Philippe Drouin se remet à niveau. Et pas qu'un peu !

     

    OBVURT The Beginning coverThe Beginning est le premier EP des Canadiens d'OBVURT, qui sortira sous le label Brutal Mind le 31 mars.

    Concept album ? Toujours est-il que cet opus est marqué par l'expérience de Philippe. Sur le choix du nom du groupe, il explique : "Obvurt, c'est un nom inventé et concept relié au groupe. Inverted, étant déjà utilisé par un autre groupe, j'ai cherché des synonymes et je suis tombé sur Obverted qui signifie tourner un objet pour obtenir une surface différente. Alors Obvert était bien mais pas assez concept pour moi. Vu que j'ai encore mal au poignet droit et à l'épaule en tout temps. Obvurt est né." (pour les non anglophones, référence au verbe "to hurt" qui signifie faire mal, être douloureux)

     

    Les 55 secondes du Prelude semblent avoir été composées par le fils naturel de François Couperin et JS Bach, passant d'un son qui rappelle le clavecin aux orgues puissantes d'une grand messe de la brutalité.

    Avec Osteophyte on entre de plain-pied dans le vif du sujet et "ça ne fait que commencer!", tu es prévenu! Si initialement le but de Philippe était d'évoquer le sujet de la vie et la mort, il est rapidement évident que c'est la lutte entre la douleur et la force de la volonté. C'est magistralement illustré par des riffs qui déferlent par vagues successives, à une vitesse hallucinante, une batterie qui déchire les synapses et une basse qui pulse comme la douleur. Ces 03:22 mn sont violentes, agressives et haletantes et... en français.

    The First Light décélère à peine suffisamment pour reprendre son souffle car Samuel Santiago est diabolique derrière les fûts, passant d'un battement lourd à des accélérations vicieuses qui démolissent les neurones les plus solides. Les changements de rythmes de la guitare sont tout aussi vicelards : parfaitement maîtrisés, ils finissent par créer un vrai malaise. Si il vous est arrivé d'avoir l'horrible sensation de tomber dans un abîme durant votre sommeil et de vous réveiller brutalement pris de panique, vous comprendrez ce que je veux dire. Cette alternance de rythmes aurait pu être foutrement casse-gueule en créant une discordance insupportable ce qui n'est ici pas la cas tant chacun maîtrise son instrument. Et si vous vouliez savoir ce qu'on ressent au sortir du coma, c'est fait !

    Si je vous dis qu'Obverted est un peu plus calme, n'allez surtout pas croire qu'Obvurt ralentit le tempo, comprenez seulement qu'après les deux vagues de furie que je viens d'encaisser je remonte un peu à la surface mais la mer n'est pas d'huile. Variations de tonalités et de rythmes sur une petite phrase musicale qui se répète jusqu'à l'obsession, soutenue par une basse et batterie lourdes et poisseuses sur un rythme toujours soutenu. Obverted réserve une surprise de taille : à 01:20 un solo de guitare coupe le souffle, exécuté par le démoniaque Michael Angelo Batio ! Ça dure environ 30 secondes mais cet instant de grâce enseignera l'humilité à plus d'un. Quel virtuose ! La fin du morceau prend par surprise avec un décrochage de rythme et un accord répété comme un écho venu des profondeurs de l'âme jusqu'à un silence douloureux.

    Un silence vite rompu par Scars of War, un tout petit peu moins rapide mais avec des accélérations fulgurantes qui collent au mur. Le morceau est malsain avec des distorsions douloureuses, soutenu par la basse et la batterie en mode machines de guerre, alternant la lenteur du char d'assaut et le staccato de la mitrailleuse lourde. On est dans une brutalité de la plus belle eau, efficace et impitoyable.

    The End ferme le ban avec 02:27 minutes qui apaisent le rythme cardiaque avec une conclusion vraiment mid tempo qui parait presque... reposante.

    En abordant ce mini album, ne vous trompez pas sur la signification de son titre "The Beginning" en pensant que vous allez écouter un album de débutants. Loin s'en faut ! Philippe Drouin ne s'est pas entouré des premiers venus, avec à la basse Oliver Pinard (Cattle Decapitation, Cryptopsy) et aux fûts Samuel Santiago (Agony, ex Gorod).
    Quant à Philippe Drouin, je prends le parti de ne pas mentionner ici les groupes dans lesquels il officia (vous trouverez ces infos ailleurs sur le Net) tout simplement parce que "The Beginning" signe les débuts du guitariste gaucher qu'il est devenu grâce à son courage et sa volonté qui doit être d'airain. Pour revenir à un tel niveau après ce qu'il a traversé ne relève pas du miracle mais de la farouche envie de gagner d'un homme.
    "The Beginning" est la catharsis où il exprime la somme des douleurs (probablement celle des moments de découragements, aussi) qu'il a traversées et la gagne qu'il lui a fallu pour modifier sa latéralité.

    Ça donne un moment de death brutal comme on aimerait en entendre plus souvent, sans fioriture, sans les effets superfétatoires ni les surenchères parfois de mauvais goût qui entachent certaines productions du genre. Le vrai talent n'en a pas besoin. Avec un tel niveau, il y a fort à parier qu'on reparlera de cette formation née en 2020.
    Brutal, incisif, exécuté avec une précision chirurgicale, le death d'Obvurt est servi par une production propre et carrée. Les graphismes sont signés Jon Zig.

    Ma note : 19/20

             

     

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  • Commentaires

    1
    Claudius
    Mercredi 3 Mars à 18:36

    Quel bel éloge. Vous nous donnez  le goût de le rencontrer. Une légende dans le monde du métal !

      • Mercredi 3 Mars à 21:39

        Merci Claudius. J'ai eu autant de plaisir à chroniquer ce EP qu'à l'écouter et... partager ce plaisir. C'est du très haut niveau !

         

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